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Ces courants d'opinion publique qui coulent en silence

Samedi 26 mai 2018 - Que dit Sophie aujourd'hui ?

Photos Jacques Bouchut

La mare aux poissons, photo Jacques Bouchut

Aujourd’hui Sophie s’interroge sur l’opinion publique, comment les convictions des uns et des autres forment des courants d’opinion publique qui circulent, se contredisent, se renforcent et se transforment ou disparaissent.

Mais d’abord, c’est quoi un courant d’opinion publique ?

Quand on dit ou entend dire C’est vrai... C’est vrai que... en fait, ce qui est affirmé peut être complètement idiot, complètement faux, l’important c’est de dire ou répondre je crois à la même chose que vous. Plus l’idée est simpliste, plus elle a de chance de susciter l’adhésion d’un nombre important de gens. Des gens qui pensent que c’est vrai.

Au fil de l’actualité, des tas d’idées simplistes voient le jour, mais seules quelques-unes se propagent et deviennent visibles, audibles, au gré des humeurs sociales. Un courant d’opinion publique se forme lorsque suffisamment de personnes adhèrent à l’idée simpliste, même si chacun peut se faire une idée beaucoup plus élaborée de la société. Quand on adhère à une idée simpliste, on oublie tout ce qui fait la richesse de la pensée et des croyances.

Ainsi, chaque citoyen se fait une opinion sur tel ou tel sujet d’actualité, au gré des événements, au gré des centres d’intérêt du moment. On cause, on regarde la télé, on lit des articles, les événements et les sujets de réflexion se succèdent rapidement. Un courant d’opinion publique peut voir le jour sur une idée simpliste, formulée de manière générale, si elle suscite l’adhésion d’un certain nombre de gens qui partagent (momentanément) le sentiment que l’idée est vraie (on y croit). Tant qu’on n’approfondit pas, tant qu’on ne précise rien, tout va bien, tous ceux qui adhèrent sont d’accord. Même si les idées des uns et des autres sont différentes, elles sont suffisamment compatibles pour susciter un accord approximatif et éphémère.

Pour chaque sujet d’actualité, la société se clive en courants d’opinion publique, en groupes d’opinions radicalement différentes, au gré des communications des uns et des autres, médias, partis, réseaux sociaux, et au gré des échanges entre les gens.

La mare aux poissons, photo Jacques Bouchut

Comment fonctionnent ces courants d’opinion publique ?

Il semble qu’ils s’alimentent des événements du moment, réagissent dans l’instant, passent à autre chose, les gens oublient. Je dis "il semble" parce que les courants d’opinion publique ne font rien, ce sont les gens individuellement et collectivement qui affichent leurs idées ou suivent les idées d’autres personnes. Les courants d’opinion publique ne sont que la résultante visible des échanges, débats, propagande, information et désinformation entre les personnes.

Si l’Opinion publique est la confrontation des différents courants d’opinion, cette Opinion publique qui résumerait toutes les autres n’existe pas. Car on ne peut que constater les conséquences, sur une élection par exemple, des courants d’opinion contradictoires. Il n’y a pas d’accord global entre les opinions publiques, qui constitueraient une Opinion publique. Dire l’opinion publique... ou les gens pensent que... est absurde. Au contraire, les courants d’opinion publique apparaissent, se renforcent, se confrontent, se contredisent, se combattent, et disparaissent.

Et là, Sophie s’interroge à nouveau. Qu’est-ce qui fait évoluer les opinions publiques ? Comment influencent-elles les décisions des pouvoirs publics ? Comment sont-elles en relation systémique avec les événements, la politique ?

Tout de suite on pense à l’effet médiatique. Mais quel est-il ? D’une part, les médias ne sélectionnent et ne diffusent que des infos susceptibles d’intéresser les gens, c’est-à-dire d’alimenter l’un ou l’autre des courants d’opinion du moment. Il est souvent trop tôt ou trop tard pour publier un article, pour lancer une enquête. C’est dire que les opinions publiques influencent les médias. En retour, les opinions publiques réagissent à l’effet médiatique (un sujet particulièrement développé). Mais pas toujours : il y a des sujets, même scandaleux, qui font flop, pas d’influence des médias sur les opinions.

Qu’est-ce qui fait qu’un événement passe inaperçu ou déclenche un tsunami médiatique ? En 2007 aux USA, Tarana Burke lance le Me Too Movement pour créer de l’empathie entre victimes, dans le cadre des abus sexuels visant les femmes. En 2011 à New York, Dominique Strauss-Kahn a été accusé d’agression sexuelle. Bien que cette affaire ait été fortement médiatisée, elle n’a rien déclenché en faveur des femmes. En 2017, Harvey Weinstein est accusé de viols et d’agressions sexuelles. Cette affaire a déclenché la réaction Me Too (Moi aussi) sur les réseaux sociaux et la campagne de dénonciation que l’on connaît. 10 ans se sont écoulés entre le début du mouvement Me Too et la campagne de dénonciation actuelle.

Tout comme la publication d’un livre qui devient best-sellers ou pas, un film qui disparaît des salles en quelques mois et un autre qui rencontre un énorme succès, parfois contre toute attente. Est-ce une question de bon lieu, de bon moment ? Cela veut-il dire que, malgré tout nos efforts on échoue quand les circonstances sont défavorables et que la réussite survient de façon surprenante quand un certain nombre de facteurs sont réunis (qu’on s’empressera d’analyser après coup) ?

Les hommes et femmes politiques sont très sensibles à l’événement qui survient et aux médias du moment (rien n’empêche de se contredire dans la durée, voir affirmer n’importe quoi), parce qu’ils et elles savent qu’un jour ou l’autre il y aura une élection à gagner et qu’il faut à tout prix conserver son électorat. Même si les opinions publiques sont volatiles (langage emprunté aux marchés financiers parce que seule compte leur cotation, c’est-à-dire la capacité à gagner une élection), il n’est jamais prudent d’avoir une cote de popularité à la baisse dans l’Opinion publique, cette opinion qui n’existe pas.

Ainsi les opinions publiques évoluent au gré des événements perçus (ceux dont on parle), nouvel attentat en France, mort d’une fillette dans des circonstances dramatiques... et au gré des sujets de débat ou de manifestation, femmes voilées, mariage pour tous, afflux de réfugiés... Et les sondages permettent de suivre cette évolution. De cette façon, les élus sont influencés par les courants d'opinion publique. En retour, leurs discours, leurs déclarations d'intention, les mesures qu'ils prennent font réagir les courants d'opinion publique, ou pas.

Dans le grand silence des courants immobiles

... il y a aussi les sujets muets, invisibles (on ne veut pas voir ce qu’on a sous le nez mais qui dérange), inaudibles (on ne veut pas entendre ceux qui protestent), par exemple la fabrication et la vente d’armes, commerce d’autant plus lucratif qu’il y a de conflits armés et de guerres dans le monde. Comme dans la grande distribution, les armes sont du consommable, un objet de consommation qui détruit, blesse et tue, en gros, en quantité, loin de chez soi. Autres exemples de sujets muets, le sort des femmes, le travail des enfants, la survie des gens qui fuient en flots de réfugiés, la destruction inexorable de la planète (pesticides, insecticides, énergie nucléaire...). Mais là, silence.

Et voilà, on y est : silence, rien sur tous les sujets graves, vraiment graves, les priorités, les urgences planétaires. Il y a des sujets qui ne déclenchent aucune réaction, ni des opinions publiques, ni des médias, ni des pouvoirs politiques, qui, en conséquence, continuent de ne rien décider, de ne rien entreprendre. Les courants d’opinion publique coulent en silence dans les sondages, dans les médias, pas de protestations, pas de manifestations dans toute l’Europe, pas de grève générale, rien. Aucune pression sur les pouvoirs publics en France, à l'UE, à l'ONU. Accord tacite.

Et là c’est grave, quand les courants d’opinion publique sont figés alors que le monde change, quand les vieilles règles sont inappropriées et les nouvelles pratiques destructrices. Impuissance face au Dieu capitalisme. On ne peut rien faire contre les dieux et déesses de l'économie libérale, contre la religion pognon.

Mare gelée, photo Jacques Bouchut

Et là, il y a des raisons justifiées d’avoir peur.

Là, Sophie est effrayée. Ce qui ne l’empêche pas de donner son opinion, de protester. Avec d’autres. Nous sommes nombreuses. Nous sommes nombreux.

Pendant longtemps les événements s’accumulent et ne déclenchent rien. Ce n’est pas mûr, mais ça mature. Et puis, une étincelle suffit à tout faire exploser.

En attendant, aucun mouvement notable des courants d’opinion publique dans la mare aux idées sombres, quand sombre, justement, l’humanité dans la folie meurtrière de quelques-uns.

C’est vaseux, ça fermente, c’est glauque, ça crapaute, mais rien ne bouge. Stagnation nauséabonde avant la furie destructrice.

Radotage exaspérant de l’Histoire : au loin s’en vont les jours meilleurs, toujours plus loin. La richesse de l’Occident s’est construite sur l’esclavage, puis la colonisation. À présent, ça continue autrement, désespérément, par les massacres de population, le pillage et la destruction.

À quoi sert la liberté d’opinion si on ne s’en sert pas, individuellement et collectivement ? Encore faut-il se mettre d’accord sur la question fondamentale : pour quoi faire ? Dans quel monde souhaitons-nous vivre ? Pour cela il faut discuter, échanger, trouver au cas par cas un accord alors qu'on a des idées incompatibles. Trouver des accords pour vivre en paix. Mais avant, arrêtons le massacre. Même si les pays sont empêtrés dans leurs mauvais choix stratégiques, englués dans le totalitarisme de l'économie libérale en faillite, il existe une instance qui peut encore s'améliorer : l'Organisation des Nations Unis, l'ONU, UNO.

Au-delà des opinions de chacun, il y a un accord collectif à trouver et faire respecter : collectivement et individuellement la vie des gens, ainsi que la préservation de l'écosystème Terre, passent avant tout intérêt particulier, toute idéologie, tout intérêt d'un pays. Les temps ont changé depuis le Néolithique. Il n'est plus possible de massacrer les gens, détruire les pays et compromettre la vie sur Terre.

Une liberté d'opinon pour vivre en paix. Et discuter, quand circulent les courants d'opinion publique, afin d'influer sur les décisions collectives, dans l'intérêt de tous les êtres humains.

Prolongations

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