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Feuilles d'automne

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Vivre en paix

L'invention de la réalité

Dimanche 13 janvier 2013, 16:27 - Parcs et Jardins

Véronique inspecte la collection de CD, en choisit un et le glisse dans le lecteur. Puis, elle jette un coup d'oeil aux livres posés sur un coin du bureau d'Almandine. Paul Watzlawick. Le langage du changement. L'invention de la réalité.

- Hé& !... On peut inventer des idées, mais la réalité c'est la réalité !

Elle prend le livre et le feuillette.

Mozart. La musique emplit la chambre en douceur et chasse dans un autre monde les faibles bruits qui parvenaient, l'instant d'avant, à pénétrer malgré le double vitrage de la fenêtre fermée.

- C'est toi qui lis ça ? Almandine.

- Non, c'est mon chat. Il préfère ça à Sheba.

Elles éclatent de rire.

- C'est bien ?

- Je te l'ai dit : tu ne peux pas vivre sans Watzlawick. Vivre intelligemment.

Véronique repose le livre et va s'asseoir dans le fauteuil près de la fenêtre.

- Je te propose un petit jeu, Véro : qu'est-ce qu'une belle maison pour toi ?

- Écoute, c'est amusant, j'étais à une soirée il y a quelques jours : on a joué à la même chose. On a dansé, on s'est bien amusés. Toute une bande. L'ambiance. Lors d'une pause, on grignotait des bricoles, le garçon qui nous avait invité demande : En toute franchise, que pensez-vous de mon appartement ? Silence. Tout le monde hésite, puis quelqu'un se lance à l'eau : C'est extraordinaire, on a une vue sensationnelle. J'étais perplexe parce qu'il faisait nuit et qu'avant je n'avais pas pensé à regarder dehors. Un garçon déclare : Beaucoup trop petit, on ne respire pas ici, vraiment ça ne me plairait pas. Naturellement, une fille proteste : Mais pas du tout, c'est un appartement sympa, intime, tout ce bois crée une ambiance chaleureuse et rassurante. Une autre fille : Écoute, ton appartement est vraiment bien conçu. Tout est rationnel. Je n'ai encore rien dit et je réalise alors que je n'ai aucune idée de l'organisation de l'appart' et vraiment je m'en fiche complètement : on est bien, on rigole, la musique est bonne, on danse, génial ! En tous cas, personne n'était d'accord avec personne.

Almandine rit.

- Personne n'était d'accord sur cet appartement et toi tu n'as rien vu.

- Tu ne vas pas me croire : je ne pourrais pas dire combien il y avait de pièces. Pas fait attention. Et je ne saurais même pas retrouver l'immeuble; ce garçon je le connais à peine.

- Voilà un appartement qui n'existe pas vraiment ou alors, il y en a plusieurs ! Autant que d'opinions, que de croyances, que d'idées divergentes... et tous ces gens peuvent changer d'avis. Ils l'ont peut-être déjà fait.

- Si je comprends bien, tu veux dire qu'il y a 2 sortes de réalités : la chose et l'idée que chacun peut se faire de la chose. Autrement dit, une réalité objective pour l'objet et autant de croyances à propos de cet objet qu'il y a d'observateurs.

- Autant de discours. Chacun invente la réalité, comme dit Paul Watzlawick, nous inventons une réalité imaginaire avec des mots et nous y croyons, dur comme fer !

- Et où est le problème ?

- Aucun problème. Sauf que souvent on finit par oublier l'objet au profit de l'idée. Sauf que chacun vit dans un monde différent. Un monde de rêve différent. Chacun décrit le monde à sa façon. Et la plupart des gens expriment leurs croyances comme s'il s'agissait de certitudes, comme s'ils décrivaient la réalité objective : cette personne est sympa, cet appartement est rationnel... Confusion des genres.

- Au bout du compte, de quoi parlons-nous ? C'est vrai que... toute la journée j'entends dire C'est vrai !

- Le chômage, la mondialisation, les immigrés, la préférence nationale... La vérité ! merci, j'ai envie de vivre.

Un CD tourne dans le lecteur de CD de la chambre d'Almandine. Almandine est assise sur son lit et Véronique dans l'unique fauteuil. Ce n'est pas le bruit du lecteur qu'elles entendent. C'est Mozart.

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