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Feuilles d'automne

Planète Terre

Vivre en paix

D'un conformisme à l'autre, tradition, contestation, violence

Vendredi 29 mars 2018 - Paysages colorés

De 1968 à 2018, une belle jeunesse sans voix, dormant pendant 50 ans. Entre temps la violence a envahi les esprits, dans une société en overdose de sexe.

Quand on regarde les images baba cool des années 1960, on constate comment on s’est habitué à la violence, comment elle fait partie de notre époque, comment elle fonde l’un de ses conformismes, représenté par exemple par le cinéma de Quentin Tarentino.

On a pu opposer l’image de mauvais garçons rebelles des Rolling Stones et leur musique virile, au côté conforme des Beatles, voir trop gentil de Paul McCartney, et leur musique féminine.

Les Beatles et les Rolling Stones

C’est oublier l’air du temps de la fin des années 1950, avec en France et pour nombre de jeunes, une société rigidifiée sur sa morale bourgeoise et ses idées préconçues, sur ce que chacun doit faire et doit être. C’est oublier comment cette société métro-dodo-boulot pouvait être perçue emmerdante et absolument pas motivante. Une société catho jusqu’à la nausée, où les filles devaient arriver vierges au mariage et pour laquelle ne pas avoir d’enfants était insupportable. Quant à ne pas croire en Dieu, alors là, c’était inimaginable : mais alors, si vous ne croyez plus en rien, il n’y a plus de morale !...

Toute une génération s’est roulée par terre, morte de rire, tellement elle n’en pouvait plus des idées à la con des vieux, des croulants. Ce qui n’empêchait pas qu’on les aimait bien, nos parents. Ils en avaient bavé pendant la guerre, puis à reconstruire la France des années 1950. Enfin, s’ils s’en sont pris plein la gueule avec leurs mômes, ils n’étaient pas responsables de la colonisation et de ses conséquences, la guerre en Indochine, la guerre d’Algérie.

jeunes hippies à Woodstock

En pleine époque peace and love, de protestation contre la guerre du Vietnam, de contestation avant mai 1968, d’idée communautaire hippie, de vie tranquille dans la nature, les Beatles ont involontairement comblé un vide, répondu à une attente. Avec leur énergie communicative, leur bonne humeur, leur joie de vivre en faisant des blagues, ils sont entrés en résonance avec un certain air du temps, avec l’état d’esprit de jeunes pacifiques et nonchalants, qui n’étaient ni maoïstes, ni trotskistes, des jeunes qui voulaient juste rire et s’amuser, faire la fête comme on a dit plus tard.

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Lucy in the Sky with Diamonds, Beatles (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, 1967)

L’époque a brusquement changé vers 1962, avec les cheveux longs, yes, et toute une génération s'est émerveillée de se découvrir une curiosité pour autre chose, un autre monde, une envie de partager ses découvertes, ses idées farfelues. C'est une époque créative, inventive. En 1967, Lucy in the Sky, de l’album Sergent Peper, combine un changement de rythme (3 temps, 4 temps), deux changements de gamme et l’arrivée d’un instrument de musique indienne dans une musique pop métamorphosée. C'est aussi l'époque psychédélique des Pink Floyd.

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Interstellar Overdrive, Pink Floyd (The Piper at the Gates of Dawn, 1967)

Cette époque issue de la Beat generation, c'est aussi celle de la révolution Free jazz, John Coltrane, Albert Ayler, Sun Ra...

Plus envie de respecter les règles qu’on ne comprend plus et qui paraissent idiote, arbitraires. Plus envie de mettre les mains sur la table, de dire bonjour à la dame... Pas envie de s’intégrer non plus dans cette société sans avenir, sans perspectives, égoïste, étroite d’esprit, hypocrite. Juste envie de faire les fous sans déranger personne, de s’amuser sans se faire engueuler. Essayer autre chose.

On a oublié cet air frais, ce parfum de liberté, ce printemps avant Prague, cette jeunesse insolente, cette insouciance pacifique qui circulait alors dans la société. Une jeunesse réveillée qui avait envie de vivre, chacun, chacune à son idée sans qu’on vous casse les pieds et sans déranger personne.

Charles de Gaule (avec Michel Droit)

C’est là qu’on mesure comme le temps a changé, maintenant que chaque "groupuscule" comme disait De Gaulle, veut imposer par la violence sa façon de vivre et penser. C’est là qu’on ne peut qu’être, chacun navré, chacune désolée, de constater comment la violence a infiltré nos esprits, un air mauvais qu’on respire avec la pollution habituelle. Jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, quand il s’agissait (heureusement, seulement verbalement) de passer les cités au Karcher et de dégager sale con.

Les Beatles en 1963

Au-delà des textes des chansons, dont la plupart des gens se fichaient parce qu’ils ne comprenaient pas l’anglais, il suffit d’entendre le rythme (Ringo Starr) endiablé (et saoulant) des Beatles, pour retrouver cette énergie et cette bonne humeur communicative qui a soulevé toute une génération de jeunes.

Des jeunes qui ne demandaient pas grand-chose, et qui, lassés de ne pas être entendus, ont fini par tout faire péter en mai 1968. Et les gens dans la rue étaient loin d’être de méchants révolutionnaires. Et là encore, il suffit de retrouver le rire goguenard de Daniel Cohn-Bendit et de voir ce qu’il est devenu par la suite, avec son humour insolent, ses contestations dérangeantes, pour constater que la grosse colère n’était qu’une blague un peu plus grosse que les autres, une invitation à venir jouer, imaginer, créer, sortir d’un monde en ruine pour construire autre chose.

Malheureusement l’humour joyeusement corrosif, la contestation pacifique, l’esprit critique coopératif, la joie de vivre ensemble les différences n’ont perduré que dans les marges de l’histoire. Nom-de-Dieu-bordel-de-merde, si on avait su, à l’époque, comment serait le monde en 2018, je crois que cela nous aurait coupé l’appétit pour toujours.

Et 50 ans après un sommeil sans rêves, voilà une nouvelle jeunesse qui se réveille, aux Etats-Unis d’Amérique. Impossible de ne pas éprouver une petite émotion, en attendant de savoir ce qu’elle a à nous dire, cette jeunesse. Contestation de la violence, une tradition ancestrale ? Pour une société qui dépose les armes ? Quoi d’autre ?

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