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Feuilles d'automne

Planète Terre

Vivre en paix

Arrête de jouer au con avec Platon

Samedi 3 juin 2017 - Que dit Sophie aujourd'hui ?

Papillon sur une fleur

Photo Jacques Bouchut

Un papillon sur une fleur. Un Machaon sur une Valériane, pour ceux et celles qui ont envie de savoir. Dans ce cas, les catégories, le classement en genres, familles, espèces nous suffit largement. Cependant, les concepts, les généralités, font dire des conneries, du type les profs, les flics, les immigrés, les musulmans, les Américains... Cela ne fait qu'ajouter de la confusion dans une époque déjà confuse.

Les hommes c'est comme les chiens, les femmes c'est comme les chiennes (tiens, là ça fait bizarre), les êtres humains c'est comme les fleurs, une abstraction sur laquelle on peut réfléchir de façon abstraite, logique, impitoyable. Que vaut la vie face à l'idée (de génie) ?

On peut tenir des raisonnements philosophiques indéboulonnables, de belles abstractions parfaitement logiques, mathématiques, mais dont les conséquences pratiques peuvent être désastreuses. Par exemple : Les salariés coûtent cher à l'entreprise. On rêve. Les salariés sont-ils une abstraction, une ligne comptable dans un compte de résultats, une partie du bénéfice qui part en fumée, ou des êtres humains, chacun chacune individuellement travaillant pour vivre convenablement ? Autre exemple : La société doit se mettre au service de l'économie. Concrètement c'est déjà ce qui se passe : la plupart des citoyens travaillent pour le bénéfice de quelques privilégiés, qui s'enrichissent en France ou ailleurs. Société et économie sont de beaux concepts, mais les gens, comment vivent-ils ?

Mon premier conte pour rire

L'autre soir, je sors faire un tour avec Platon.

- Arrête de faire le con, Platon, que je lui dis parce qu'il tire sur sa laisse.

Et puis voilà un type avec son Berger Allemand.

- Guten Abend, que je lui fais. Et il me répond :

- Good evening.

Comme je le vois qui regarde le chien de ma fille, j'objecte en rigolant :

- Ce n'est pas ce que vous croyez, lui, c'est Platon, le Setter irlandais de ma fille qu'a épousé un étranger. Moi d'habitude je sors avec mon coq Gauloise Noire.

- Ah d'accord..., qu'il me fait en rigolant. Et vous en avez fait quoi de votre coq ?

- Je l'ai mangé. Un coq au vin pour épater mon gendre.

- Bon. Eh bien, bonne promenade alors...

Le type me regarde d'un air bizarre, avec un sourire hésitant. Et il s'éloigne.

Alors, un peu plus loin, quand je vois arriver ce que je prends pour un Alaskan Malamute, j'hésite. Et puis :

- Sayonara, que je dis, en me disant que finalement c'est un Kyushu ou un Sanshu.

- Bonsoir monsieur, qu'il me répond. Le maître. On dirait qu'il ne fait pas chaud ce soir.

Et il poursuit sa promenade.

Alors vous pensez bien, quand j'ai vu arriver une dame avec son Pékinois, j'ai fait demi-tour vite fait. Et je suis rentré chez moi avec Platon. Les chiens c'est comme les humains, on ne peut vraiment pas leur faire confiance.

Fin du premier conte.

Des fleurs, des feuilles, une cerise

Des fleurs, des feuilles... 2 iris, une pivoine, une branche de noyer, une branchette de chêne, une cerise - Photos Jacques Bouchut

Les concepts sont bien pratiques : ils facilitent la conversation. Par exemple, si je dis que j'ai planté des fleurs dans mon jardin, ce n'est pas la même chose que des légumes. Mais ça reste vague. C'est vrai que si je dis que j'ai planté des chats, ça fait bizarre.

Tout de même, on aimerait bien savoir quelles fleurs ou quels légumes, des tomates ? des haricots ? des roses ? des asters ? des tulipes ? Des roses, on voudra peut-être savoir de quelle couleur ? quelle variété ? où précisément on les a plantées.

Par commodité, on classe les choses en catégories, les légumes, les fruits, les salades, les herbes... Encore que les tomates sont aussi des fruits, de même que les courgettes et les aubergines.

Ce qui frappe au-delà de l'idée de fleur ou de chien, c'est la variété des fleurs, la diversité des chiens. L'idée de fleur ne définit pas un ensemble homogène, pas plus que l'idée de peuple. Le peuple est juste un concept qui simplifie la conversation, à condition de ne pas vouloir faire dire plus que ce qu'il dit : une généralité, une banalité, une commodité de langage.

L'ennui avec l'identité nationale, c'est qu'elle définit un ensemble homogène qui n'existe pas. Du coup, cette identité embrouille la notion de peuple avec une idée qui paraît vrai alors qu'elle fausse, simple fantasmagorie à disposition des tribuns populistes qui veulent imposer leur idée simpliste et totalitaire de la société.

Alors que les habitants d'un pays peuvent être aussi bien des ressortissants que des étrangers, les ressortissants qu'ont-ils tous en commun au-delà de leur nationalité ? Au-delà de leur carte d'identité ?

Et puis, les peuples, comme tout le reste, changent. Comme les êtres humains, comme chacun d'entre nous au cours de notre vie. Chacun d'entre nous. C'est ça la différence, n'est-ce pas Guillaume ?

Mon deuxième conte pour rire

Un autre soir, avec des amis.

- Qu'est-ce qu'on entend ?

- On dirait un chien qui aboie au loin.

- Ne serait-ce pas plutôt un renard ?

Comme par hasard, on n'entend plus rien pendant un moment. Et puis, un oiseau.

- Ecoutez. Un rossignol.

- Ou un pinson ?

- Ah non, pas du tout, le chant du rossignol est beaucoup plus varié.

- Mais ça pourrait être un merle : un merle est capable d'imiter les autres oiseaux.

- Et pourquoi pas un corbeau, une corneille ou un choucas, pendant que tu y es ?

- A cette heure-ci, un hibou grand duc ou petit duc ou une chouette hulotte ?

- Vous avez entendu ? Un Berger d'Anatolie !

- Tu sais reconnaître les aboiements d'un Berger d'Anatolie, toi ?

- Et pourquoi pas ?

- Grave comme ça, c'est un Berger des Pyrénées.

- Peu probable. Les voisins, dans la ferme un peu plus loin, font garder leurs moutons par des Bergers d'Anatolie.

Rires.

- Tu es maline, Sophie. Et c'est quoi comme moutons ?

Fin du deuxième conte.

Berger d'Anatolie

Lounoir, l'un des Bergers d'Anatolie de nos voisins - Photo Marie Josèphe Moncorgé

Un oiseau, un chien, c'est juste l'idée qui nous intéresse dans cette conversation sur la pluie et le beau temps. On veut passer un bon moment. Un oiseau, un chien...

Mais dans d'autres contextes, ce sont des immigrés, des réfugiés, des musulmans... On agite des idées en s'en foutant de savoir qui sont ces gens, précisément, ce qu'ils vivent, le cauchemar qu'ils endurent. Pendant qu'on cause, qu'on revendique, qu'on manifeste, que deviennent les hommes, les femmes, les enfants concernés ? C'est quoi les conséquences des abstractions, des généralités, des idéologies qu'on défend sans connaître les gens. Parce que si on les connaissait, si c'étaient nous, notre famille, nos amis...

Et si on arrêtait de jouer au con avec Platon ?

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