Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Chers noctamboulis et très chères qui nous rejoignez, vous n'allez pas rigoler. Tout de suite notre correspondante à Bruxelles.

- Siboule, bonsoir. Vous qui êtes plongée dans les hautes sphères gouvernementales à l'échelle de l'Europe, savez-vous si nos élus ont commencé à travailler sur un projet de réforme économique afin de redistribuer un peu mieux les richesses, alors que le monde sombre dans la misère ?

- Vous l'avez dit Blousie, plongée dans les flots bleus, c'est une merveille. Ah quel dommage de rester enfermé au studio quand il fait si bon ici. N'est-ce pas, Monsieur le Ministre des finances en vacances à Nuku’alofa ?

- Absolument charmant.

- Monsieur le Ministre, il se dit que rien ne se fait à Bruxelles pour corriger les erreurs du modèle économique...

- Oh vous savez, l'économie c'est compliqué, je n'y comprends rien et mes collègues des finances non plus : nous collectons, nous redistribuons, un point c'est tout.

- Mais pourquoi baisser les impôts et ponctionner encore et encore la population avec de nouvelles taxes ? Ce n'est pas gentil et c'est pas juste.

- Vous savez que Tonga a été le premier pays à passer à l'an 2000 ? Vraiment remarquable, vous ne trouvez pas ?

- Certainement, Monsieur le Ministre, mais ces taxes, identiques pour tout le monde, qu'on soit riche ou pauvre ? Un impôt global sur les revenus, ne serait-il pas plus justice égalité fraternité de la part d'un gouvernement socialiste ?

- Ne mélangeons pas tout, petite madame, un peu de rigueur s'il vous plaît. Comme le répètent les gens de droite, les êtres humains coûtent cher à la société, les enfants coûtent cher, les salariés sont un coût pour les entreprises. Non, croyez-moi, si on veut qu'ils arrêtent de radoter il faut tirer les prix vers le bas, rentabiliser, mieux gérer les flux financiers, renflouer.

- Les prix baissent, les rémunérations aussi, pouvoir d'achat et charges sociales diminuent, spirale infernale. Alors quelles sont les nouvelles mesures pour renflouer les caisses de l'Etat ?

- Tout d'abord, une taxe sur les enfants, avec un barème progressif : le premier enfant, le deuxième, le troisième et selon l'âge. Plus ils sont grands et plus ça coûte cher, vous comprenez. Ensuite, taxe sur les gens qui perdent leur emploi, les coûts sociaux, vous comprenez. Ensuite, taxe d'habitation pour les sans abri, sans domicile fixe, itinérants du spectacle et ainsi soit-il. Tout ce qui bouge. Enfin dispense de TVA sur les ventes d'armes et le commerce du luxe. Vous comprenez, ça peut rapporter gros.

- Je n'y comprends rien, mais ça ne fait rien. Bon. Et avec tout ce cinéma, vous comptez rembourser la dette en combien de temps ?

- Immédiatement, c'est évident.

- Immédiatement... Monsieur le ministre, encore une question. Vous dites que les êtres humains coûtent cher à la société. C'est surprenant. C'est quoi, pour vous, une société ?

- Prenez les îles de la Société, vous avez vu comme la mer est Pacifique, ici ? Pas de souci, rien que du sable fin. Profitez de la chance que vous avez, là, à Tonga, ça ne durera pas.

- Oh je sais, la mer monte. Réchauffement climatique. C'était Siboule en direct de Tongatapu, à vous le studio.

Effectivement Siboule, la montée des eaux des océans va coûter cher à la société des êtres humains. On peut toujours se dire que le monde change, qu'il a toujours changé et qu'il faudra s'adapter. On peut toujours se dire que personne sait de quoi sera fait l'avenir, quelle sera la nouvelle géographie du monde, quelle en sera l'histoire. L'histoire d'une planète qui tourne qui tourne qui tourne perdue dans le vaste Univers.

On peut toujours se dire qu'il faut conquérir des parts de marché à l'international, exporter, délocaliser, rationaliser les ressources humaines, maîtriser la mondialisation des populations, gérer les flux migratoires...

Chers noctamboulis et très chères qui en avez plus qu'assez, faites de beaux rêves en attendant le cauchemar en phase terminale.

Pour cette fin de soirée, voici l'Art ensemble of Chicago : Reese and the smooth ones. Paris, 12 août 1969. 1e partie 20mn14.