A la question toute simple : comment vous appelez-vous ? si je réponds monsieur Wenders, que je le veuille ou non, je proclame mon appartenance au groupe, je dis que je ne suis qu'un des membres de la famille Wenders. Ce qui est beaucoup dire, car un seul de mes 4 grands-parents porte ce nom, un seul de mes 8 arrière-grands-parents. Ma tribu Wenders comprend aussi des Curtiz, des Scott, des Duras, Capra, Ray, Resnais et beaucoup d'autres noms que je ne connais pas. Sans parler de ma famille cachée, du côté Fellini, j'évoque, c'est tout. Monsieur Wenders est quelqu'un parmi d'autres, ce qui compte, ce n'est même pas la famille, c'est le nom, la marque, le label.

Si à la question je réponds Jaume, je proclame mon individualité, je dis que je suis un être humain irréductible à un autre, même si quelqu'un d'autre s'appelle Jaume. Quand j'entends ces sonorités, qui m'interpellent, j'ai le sentiment qu'on s'adresse à moi ou qu'on parle de moi. Dans les sonorités de mon prénom, j'existe, moi et moi seul. Il est vrai que mes parents ne m'ont pas donné le prénom de mon grand-père ou d'un frère disparu, qui pourrait me rappeler toute ma vie que je ne suis jamais que le souvenir de quelqu'un d'autre.

Quand on s'intéresse à la date de naissance, de laquelle on pourra déduire son âge, c'est la position de la personne dans son temps de vie qui est interrogée : bébé, enfant, adolescent, jeune adulte, personne dans la force de l'âge, d'un certain âge ou âgée ? Bien que la réponse devienne évidente en présence de l'autre.

En tant qu'être humain, j'existe dans le regard des autres. Si des membres de ma famille ou des amis fêtent mon prénom (ma fête), pendant ce moment privilégié j'existe pleinement. On s'intéresse à moi personnellement et uniquement à moi.

Lorsqu'on fête mon anniversaire, on me rappelle mon âge et je suis confronté à mon temps de vie écoulé, ce qui pour certaines personne peut apporter tristesse ou nostalgie lorsqu'elles voient la vie passer trop vite. En même temps, cette piqure de rappel me semble salutaire, plutôt que foncer dans le brouillard, les yeux grands fermés, et se retrouver dans le trou avant d'avoir eu le temps de réaliser ce qui se passe : la vie passe. Ou plutôt : ma vie passe, qu'est-ce qui est vraiment important pour moi, maintenant, à mon âge ?

Peu importe si on reçoit ou non des cadeaux, peu importe que votre prénom soit d'origine religieuse ou non, il me semble important de fêter le prénom et la date de naissance de nos proches, car le rituel des fêtes et anniversaires confirme chacun de nous dans son existence d'être humain. Pour l'intéressé, c'est l'occasion deux fois par an de se réjouir d'être vivant, en compagnie des autres. Vous bouderiez ce plaisir, vous ?