Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Depuis 30 ans que dure ce délire médiatique, il est temps d'interroger le principal intéressé, maintenant qu'il est passé de l'autre côté. Notre correspondante est justement à La Palud dans le Verdon, Siboule vous m'entendez ?

Yes. Oh ces mites !... Blousie, ici ça craint, Bon Patrick, vous êtes sûr que je suis bien assurée ?

Ligotée comme un ver à soie dans son cocon, vous n'avez rien à craindre : engagement zéro.

Alors Patrick, dites-nous, quand avez-vous tombé les gants de boxe, mais pas le short, pour grimper à mains nues ?

Vous savez, ça glisse au pays des merveilles, alors on utilise le sac à pof. Et sans les gants, c'est nettement plus pratique pour plonger la main. 1979 et dans les années 80 comme je m'en souviens.

Sans crampons ni piolet, quand on escalade en solo, comme vous Patrick, est-ce qu'on se sent libre comme l'air qu'on respire, comme les oiseaux un jour d'été ensoleillé dans les Calanques, comme un poisson rouge dans l'eau d'une mare sans histoire, comme...

Croyez-moi Siboule je vous assure...

J'y compte bien Patrick, parce que là tout-de-suite, j'ai un peu le vertige, ça gaze sévère là-dessous, Ouh là là... ça balance...

... le solo c'est très dangereux, c'est ta vie qui est en jeu. Engagement total, concentration de chaque instant. Pas question de voler.

En solitaire, vous n'êtes pas libre alors ? Quel dommage, un beau blond comme vous.

On essaye d'être le plus esthétique possible. En libre il y a la corde en cas de vol. En solo on est libre sans assurance.

Comment ça Patrick, vous n'êtes pas assuré à la MAIF, j'arrive pas à y croire. Mais alors on peut vraiment dire qu'un escaladeur tient la vie au bout des doigts.

Un grimpeur ça grimpe, vous comprenez Siboule, ça passe sa vie entre 8a et 9b, ou bien ça laisse tomber. C'est une vie complètement Vertical, pieds et doigts liés. C'est de la folie.

Ah Blousie, c'est pas moi qui l'ai dit, mais je confirme : ici au Verdon, c'est de la folie. Je ne reste pas une minute de plus, à vous le studio.

Siboule merci pour cette interview exclusive, on peut vous féliciter pour cet exploit.

Une page se tourne de cette révolution jouée sur les falaises dans les années 1980, puis en haute montagne. Une page de plus. Portés par des rêves fous de légèreté et de rapidité, des garçons et des filles libéraient une à une les plus prestigieuses des voies des anciens, ceux qui avaient fait l'histoire de l'alpinisme en créant les premiers itinéraires artificiels du bas jusqu'au sommet, dans les Dolomites, dans les Alpes et dans d'autres montagnes du monde.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.