Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Chers noctamboulis, comme vous le savez, se tient actuellement à Bruxelles une réunion cruciale pour l'avenir de l'Europe. Puisqu'il s'agit de la survie du capitalisme, c'est le moment de se demander ce que signifie une société démocratique basée sur le capital plutôt que sur l'être humain et de quelle manière riches, banques et sociétés financières participent à la rigueur. En attendant la fin de la nuit, j'appelle notre correspondante en direct de Bruxelles : Siboule, bonsoir, où en est-on des négociations sur le plan de rigueur dans l'Union européenne ?

Ah Blousie, ici à Honolulu c'est de la folie : les plus grosses fortunes ont déserté l'Europe pour se réfugier loin du bruit et de la fureur, je cite. Et tous ces gens ont choisi d'émigrer où, Blousie ? sur-un-vol-can !!! C'est terrible, les pauvres, ils ignorent tout ! Absolument tout !

Siboule, vous m'entendez ?... Avez-vous des nouvelles de Bruxelles ?

Ouououoiiiiiiiiiii ... à 23h07 exactement, la commission est parvenue à trouver un accord sur le nouveau plan de rigueur européen. C'est très simple : tout le monde sait que les riches travaillent 24h sur 24. A raison d'un revenu annuel raisonnable et moyen de 4.1 millions d'euros. Cela représente 241 fois le SMIC (1 400 € par mois en France, base retenue pour le calcul). Il a donc été décidé que le temps de travail pour un SMIC est ramené de 151,67 heures par mois à 6 minutes par jour, avec possibilité de cumuler la semaine sur une journée de travail de 42 minutes. En effet, après de longues heures de négociations sous la pression de 359 lobbyistes déchaînés, l'éventualité d'une semaine de 30 minutes a été totalement écartée. A vous le studio.

Alors, pour ceux et celles qui nous rejoignent, je résume : Dans toute l'Union européenne, le temps de travail d'un salarié au SMIC est ramené de 35 heures par semaine à 42 minutes, soit 6 minutes par jour hebdomadaire ou encore 8 minutes par jour sur 5 jours ouvrés.

Mais j'apprends à l'instant qu'il vient de se produire un coup de théâtre juste avant le vote des députés européen. Nous rejoignons notre correspondante à Londres : Siboule...

Ah Blousie, c'est de la folie sur les réseaux sociaux de la City, la main invisible a volatilisé les marchés en lançant un défi à l'Humanité : libéralisation totale des revenus, avec un coefficient modérateur fixé à 96. Le plus bas revenu serait, je dis bien serait, automatiquement égal au revenu le plus élevé divisé par 96. Les Moody blues annoncent un retour à l'équilibre en 240 jours avec pour objectif une échelle de revenus citoyens de 5 000 € à 480 000 €. A vous le studio.

Dites-nous Siboule, ces propositions de la dernière chance ont-elles été acceptées par l'Europe ?

Ah Blousie, impossible de savoir. Tandis que les Britanniques ont lancé un ultimatum au monde entier, ici à Bruxelles les 359 lobbyistes en colère ont été expulsés du Parlement européen et reconduits aux frontières. On dirait que les négociations sont au point mort de froid. Voilà, je me déplace un petit peu : Monsieur le ministre, s'il vous plaît, 200 ans après la révolution industrielle anglaise, est-ce la fin des chasseurs-cueilleurs dans les salles des marchés financiers ?

Surtout, pas de panique ! nous n'en sommes plus au Néolithique. Vous croyez que l'économique marche à la baguette magique ? Toute cette misère planétaire, c'est effroyable. Le capitalisme est né en Italie, pensez-y ! Son nom de Venise dans Anvers désert. Dans les banques d'Amsterdam, dans le port de Hambourg... Karl Marx a écrit Le Capital à Londres en 1864, rappelez-vous que la crise de 1929 a débuté à Wall Street : Les anglais et les américains n'ont pas arrêté de foutre le bordel.

C'est vrai monsieur le ministre, ça fait froid dans le dos. C'était Siboule, en direct de Pointe-à-Pitre, à vous le studio.

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La loi du plus fort – collage mars 2012, Jacques Bouchut

Alors je fais le point à chaud : le nouveau plan de rigueur européen, redéfinissant et élargissant le SMIC à 1 400 € pour 6 minutes de travail par jour, a été rayé de la carte avant même le vote définitif du Parlement. En effet, les rétrolibéraux britanniques viennent de lancer cette nuit, depuis la City, le capitalisme à rétroaction rémunéraliste. Les enjeux faramineux ne sont rien moins que réduire les disparités, avec une échelle des revenus qui s'étalerait de 5 000 € minimum à 480 000 € maximum.

Auditrices et auditeurs, ces insondables événements de la nuit me laissent rêveur. La City est la 1e place financière au monde. Depuis la dérégulation par le gouvernement Thatcher, en 1986, le London Stock Exchange est moins règlementé que Wall Street. Sauve qui peut le capitalisme. Par ailleurs, on apprend de source sure que, Paris occupant la 20e place mondiale, une fusion de la bourse avec la Française des jeux est envisagée dans les jours qui viennent.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.