Je suis allée voir La Grande famille des hommes au Musée d'art moderne de la ville de Paris (à voir absolument, d'ici fin février). Parmi les 503 photographies présentées, celles de Thomas Antonioni dans les parcs et jardins de Londres m'ont tout de suite attirée. En particulier je fus très intriguée par la série Mythologies familiales : Distraitement, j'ai d'abord pensé que les photos avaient été prises à différentes époques. Puis, lorsque j'ai réalisé qu'il n'y avait qu'un seul cliché je me suis mise à pleurer, submergée d'émotion.

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Mythologies familiales, photographie de Thomas Antonioni

Je voyais une famille au destin tragique pour ce rouge, une famille de musiciens pour cet or, une famille de contestataires pour ce vert. Chaque famille s'invente une mythologie, qui permet à chacun de renouveler, au fil des fêtes, son sentiment d'appartenance, bercé par la petite musique verte, dorée ou rouge. C'est oublier les autres couleurs de la famille, celles qu'on n'a pas sélectionnées : tous les membres de la famille ne sont pas doués pour la musique, n'ont pas cumulé les tragédies ou ne sont pas révoltés.

Prenant un peu de recul, mais toujours fascinée par la composition, je me disais Tu délires : ce ne sont qu'arbres et arbustes, feuillages d'automne. Tu vois ce que tu vois, il n'y a rien au-delà des apparences. Bien sûr, dans la vie de tous les jours, comme on imagine sa famille on invente l'autre, qui est ceci ou cela, chacun raconte son histoire sur les autres. Mais je me demandais également si écrire un texte, composer une musique ou faire une photo, ce n'était pas contempler ses propres idées.

Alors, auteur ou interprète, comment retrouver un peu de liberté quand on est prisonnier de ses idées ou de ses interprétations, enfermé dans sa famille, dépendant de son conjoint ou de ses enfants ?

Est-ce qu'on est plus libre quand on élargit le cadre avec plus de couleurs ? Est-ce qu'on a plus de liberté avec un peu plus de fraternité ?

Requiem de Mozart