Eboulis nuit, fréquence phare, bonsoir.

Alors que les étudiants en colère bloquent l'Europe, une nouvelle catastrophe se profile à l'horizon des sombres forêts d'Afrique : les planteurs refusent d'expédier leur fèves de cacao dans les pays Rue cabosse, comme ils disent. En direct de Côte d'Ivoire, notre correspondante : Dites-nous Siboule, qu'est-ce qui se passe avec le cacao ?

Ah Blousie, ici à Dakar c'est de la folie, il fait une chaleur... je ne vous dis pas. Même dans la piscine du Téranga, face à l'île aux esclaves... Juste à côté de moi au bar, le premier ministre ivoirien en exil me confiait à l'instant, que disiez-vous au juste ?

Hé ! ce n'est pas juste ! Les blancs là, ils sont trop méchants dans les pays Rue Cabosse : pourquoi ils ne s'occupent pas de leurs parents dans la rue ? pourquoi ils n'arrêtent pas la maltraite de leurs enfants sans abri ? Tous ces gens là, sans maison, sans considération, c'est pas raison.

Alors pour protester contre la misère des pays industrialisés, plus de chocolat, c'est ça ? Vous mesurez l'impact d'une telle décision sur les marchés ?

Pas de commerce équitable avec des sauvages, donc plus de chocolat noir sur les marchés. Plus d'ananas, plus de café, plus... rien ! Voilà, c'est ça l'humanité africaine : on respecte ses parents et on protège ses enfants. Nous n'allons pas laisser mourir de froid et de faim l'humain parti d'Afrique aux temps anciens.

C'était Siboule en direct des champs de Cotonou, à vous le studio.

A Londres et à New York, la main invisible du marché tremble : embargo total sur le cacao. D'un commun accord, c'est incroyable, tous les petits producteurs de Côte d'Ivoire, du Ghana, d'Indonésie, du Nigeria, du Cameroun, du Brésil, d'Equateur et d'ailleurs ont bloqué leurs exportations vers l'Europe et les Etats-Unis. Seuls les chinois ont droit au chocolat. Pour l'instant les marchés affolés n'ont pas encore réagi, et la classe politique dans son ensemble reste sans voix. Nous apprenons à l'instant que la bourse de Zurich a dégringolé à son plus bas niveau et la Confédération helvétique a décidé une journée de deuil national dans tous les cantons.

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Joyeuses fêtes – collage décembre 2011, Jacques Bouchut

Mais nous rejoignons notre correspondante...

Ah Blousie, ici sur le pont d'Avignon les gens dansent tous en ronds. Bouououh !... monsieur le directeur de l'INRA, danser avec vous c'est de la folie. Alors, vous avez une idée...

Mais oui ma chérie, nous avions mené des recherches fructueuses sur l'implantation de plantations de cacaoyers en forêt de Brocéliande. Comme vous vous en doutez, la Bretagne possède un climat tout-à-fait remarquable.

Et alors ? Et alors ?

Nous avons tout abandonné en 2009, quand Merlin Gérin a disjoncté et a migré chez Schneider, nous coupant l'électricité, les vivres et le couvert. C'est une perte immense pour la production française de chocolat.

Et pendant ce temps, vous vous en doutez bien, les gens crèvent de faim, de froid et d'inexistence, dans nos rues, dans nos villes et dans nos coeurs d'homo sapiens.

Eboulis pour la nuit, faites de beaux rêves.