Il m'est arrivé une drôle d'aventure l'autre soir du côté de l'église. C'est une ravissante église médiévale, curieusement située au sommet d'un promontoire. Comme un phare attirant les navires vers le port, elle guidait peut-être les pêcheurs vers la lumière. Tout de suite en arrivant, j'ai trouvé étrange cette lumière du jour qui tombait sur les pierres avant que la nuit se lève.

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L'église au sommet de la colline

Alors que le soir étendait son voile de sommeil sur la vallée, l'idée m'est venue de profiter de ces instants en ce lieu, en tentant une expérience de réalité : j'allais m'asseoir dans l'herbe en contre bas et observer vraiment.

Je sentais un léger inconfort dû à ma position, la tiédeur du soir, des odeurs que je ne cherchais ni à définir, ni à retenir, pas plus que mes pensées fugitives. Les bruits de la vallée me donnaient une profonde impression de réalité : j'étais là, admirant la petite église sans m'y attacher, voyant les collines boisées, entendant les bruits du soir, ressentant parfois des coulées d'air frais, l'esprit en roue libre, tandis que, d'instants en moments incertains, le ciel s'assombrissait sans étoiles ni lune.

Combien d'espaces temps avais-je parcouru ainsi, à tenter d'être-là, au plus près du réel ? A présent, si je puis dire, l'église se détachait sur fond de ciel nocturne, éclairée par une curieuse lumière venue on ne sait comment du couchant.

C'est alors que surgit la bête, qui traversa l'espace au-dessus de l'église en un vol si rapide que je me demandais si je n'avais pas rêvé. Mais je l'avais bien vue, d'abord ici, puis là.

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Le vol de la bête au crépuscule

Un chien de nuit pensais-je de façon absurde et très naturelle. Un chien ?

Mais plutôt que de me plonger dans mes pensées, je préférai lâcher prise et revenir à la réalité du moment. Je bougeai légèrement pour soulager mes fesses endolories par la position assise dans le pré en pente douce, j'écoutais la nuit au-delà du chant liquide du rossignol et je regardais. Et ce que je voyais au-dessus du choeur me glaça d'effroi : le chien du voisin !

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Chien de nuit au-dessus de l'église

Vous pensez bien, tirée brusquement du réel, j'étais bien obligée de penser ! Et l'idée m'est venue alors : le chien du voisin a foutu le camp.

Le chien resta là immobile, chien d'arrêt devant la bête, cachée dans le clocher, prostrée au fond de l'église, terrée entre les tombes du cimetière que je savais derrière l'église. Quel au-delà du réel voyait-il que je ne voyais pas ? attendait-il un ordre de son maître ?

Etait-ce moi le chasseur ?

Comme je ne pouvais plus sortir de mes pensées et que la réalité s'en était allée dans les profondeurs de la nuit, je décidais de rentrer à la maison. Et quelle ne fut pas ma surprise en passant devant la ferme du voisin, quand je vis, attaché à sa longe, le chien qui dormait. Il ne bougea même pas une oreille à mon passage. Incroyable.

Heureusement, j'avais eu le réflexe de prendre une photo du chien dans le ciel nocturne. Je suis donc allée vérifier sur mon ordi. Mais la photo ne révélait rien, aucune fantasmagorie : l'apparition avait disparu. Par dépit, je cherchais des orbes, mais rien. Evidemment.

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Grand ciel vide, derrière l'église, sur la colline, la nuit.