Ma femme a 2 grands-mères super. Avait. Je vous le dis parce que j'ai eu la chance de les connaître. Avant. Avant qu'elles disparaissent l'une et l'autre rongées par la maladie, la vieillesse. Pfuittt ! plus rien, disparues. Comme au cinéma quand c'est fini, les lumières s'allument, la vie continue, ou reprend, allez savoir. Mais vous restez là un peu sonné dans votre fauteuil. Le temps de réaliser que c'est vraiment fini, pour les autres, et pour vous aussi.

Du côté de la mère de Marthe (Pamela Hitchcock), Barbara Truffaut était une femme extraordinairement combative. C'était une grand-mère très amoureuse de son défunt mari, Roger Hitchcock, qu'elle avait connu par hasard dans un train, alors qu'ils se trouvèrent embarqués l'un et l'autre dans une sombre histoire d'espionnage. Et malgré sa modestie quand Barbara évoquait l'affaire, il paraissait évident que son esprit d'initiative et sa volonté farouche avaient été déterminants quant à l'issue du drame : pris dans la toile d'araignée d'un complot meurtrier, Roger s'en était sorti grâce à la présence d'esprit et à la détermination de Barbara. Curieusement, elle parlait parfois de son patron dont elle aurait été la secrétaire. Avec le recul, je me rends compte à quel point cette histoire évoquée à plusieurs reprises n'avait ni queue ni tête, et comment il me serait difficile d'en parler autrement qu'en l'évoquant. Et pourtant, lorsqu'elle me racontait avec jubilation cette aventure initiale (à l'origine de toute sa vie, sa vraie vie), j'étais rivé à ses lèvres, scotché comme au cinéma à l'écran.

Du côté de Larry Coppola, le père de Marthe (mon épouse), Ella Cimino était une femme énergique au caractère très marqué. Il fallait filer, vite et sans rouspéter. Nous bien sûr, mais son mari aussi, Martin Coppola. Pour autant, je la trouvais super. Ni commandant, ni tyrannique comme on aurait pu le craindre. Bien au contraire, on était attiré par sa présence et il semblait qu'on obéissait à des ordres non donnés ou du moins consentis par avance, que tout ce que l'on faisait était logique, juste, simplement ce qui convenait à la bonne marche des choses. Les corvées habituelles devenaient un jeu. J'adorais la compagnie d'Ella, que je me remémore avec un grand plaisir. Mais là encore, je me rends compte de ma fascination, comme au cinéma, vous avez vu le film et vous ne savez pas quoi dire : par où pourriez-vous commencer. Expliquer, vous voulez rire : expliquer quoi ? Expliquer le plaisir que vous avez d'être en présence de quelqu'un. Vous savez expliquer l'amour, vous ?

C'est bien ça : je crois que je reste amoureux des 2 grands-mères de Marthe. Eh bien oui, je l'ignorais. Jusqu'à cet instant je ne savais pas que j'étais amoureux d'Ella et Barbara, les grands-mères défuntes de ma femme, quand elles étaient encore en vie et maintenant aussi. Comme au cinéma.