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Jardin de pierres

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Vivre en paix

Le cinéma des familles

Jaume essaye de comprendre comment fonctionne sa famille. Evidemment, il échoue car il n'arrive pas à définir précisément le mot famille. Il tente alors de s'y retrouver dans le labyrinthe de ses nombreuses familles incompatibles.

samedi 25 décembre 2010 18:47

Noël, l'illusion du bonheur

Noël se lit d'abord au pied du sapin, dans les yeux des enfants émerveillés devant les paquets cadeaux multicolores. Comment ne pas sourire aux mimiques des petits, à l'attendrissement des mamans et à la fierté des papas ?

Bien sûr, Noël ouvre aux familles éparpillées la possibilité, une fois par an, de se rapprocher et de réaffirmer la famille unie. C'est le moment également où, lorsqu'arrivent les petits enfants, s'affirme une nouvelle famille papa maman enfants. Concrètement, il faudra bien décider entre les deux branches paternelle et maternelle, où on mange la dinde et la bûche.

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Noël 2010, collage, Jacques Bouchut

Noël c'est aussi l'illusion de l'enfance merveilleuse. Les petits, tout en rêves et en attente devant les vitrines illuminées et aux rayons jouets des grands magasins. Les grands, papa maman, s'accrochant aux brumes enneigées de leurs souvenirs d'enfance, relisant leurs émotions perdues sur le visage de leurs enfants.

Mais Noël est un mensonge, raconté aux petits par leurs parents. Qui pourront-ils croire si même leurs parents leur mentent ? Noël est un mensonge car les petits deviendront grands et ne croiront plus, ils feront semblant, comme tout le monde, ou peut-être croiront-ils n'importe quoi. Et les grands font semblant de croire à leur famille merveilleuse, au bonheur annuel, le temps d'une fête en guirlandes et feux d'artifice.

Noël c'est le cadeau, le geste, la personne, l'événement merveilleux qu'on attendait et qui ne s'est pas produit. Pour certains, de leur fait ou non, c'est la fête obligée qui n'a pas eu lieu, réactivant un sentiment d'exclusion de la communauté des êtres humains. Et ceux-là rêvent d'un Noël heureux qu'ils n'ont pas eu, eux.

Voilà pourquoi Noël on y tient même si on s'est éloigné du religieux, voilà pourquoi nous avons vendu Noël au Monde entier : parce que Noël est une illusion de bonheur réactivée chaque année.

samedi 17 juillet 2010 13:23

Comme au cinéma

Ma femme a 2 grands-mères super. Avait. Je vous le dis parce que j'ai eu la chance de les connaître. Avant. Avant qu'elles disparaissent l'une et l'autre rongées par la maladie, la vieillesse. Pfuittt ! plus rien, disparues. Comme au cinéma quand c'est fini, les lumières s'allument, la vie continue, ou reprend, allez savoir. Mais vous restez là un peu sonné dans votre fauteuil. Le temps de réaliser que c'est vraiment fini, pour les autres, et pour vous aussi.

Du côté de la mère de Marthe (Pamela Hitchcock), Barbara Truffaut était une femme extraordinairement combative. C'était une grand-mère très amoureuse de son défunt mari, Roger Hitchcock, qu'elle avait connu par hasard dans un train, alors qu'ils se trouvèrent embarqués l'un et l'autre dans une sombre histoire d'espionnage. Et malgré sa modestie quand Barbara évoquait l'affaire, il paraissait évident que son esprit d'initiative et sa volonté farouche avaient été déterminants quant à l'issue du drame : pris dans la toile d'araignée d'un complot meurtrier, Roger s'en était sorti grâce à la présence d'esprit et à la détermination de Barbara. Curieusement, elle parlait parfois de son patron dont elle aurait été la secrétaire. Avec le recul, je me rends compte à quel point cette histoire évoquée à plusieurs reprises n'avait ni queue ni tête, et comment il me serait difficile d'en parler autrement qu'en l'évoquant. Et pourtant, lorsqu'elle me racontait avec jubilation cette aventure initiale (à l'origine de toute sa vie, sa vraie vie), j'étais rivé à ses lèvres, scotché comme au cinéma à l'écran.

Du côté de Larry Coppola, le père de Marthe (mon épouse), Ella Cimino était une femme énergique au caractère très marqué. Il fallait filer, vite et sans rouspéter. Nous bien sûr, mais son mari aussi, Martin Coppola. Pour autant, je la trouvais super. Ni commandant, ni tyrannique comme on aurait pu le craindre. Bien au contraire, on était attiré par sa présence et il semblait qu'on obéissait à des ordres non donnés ou du moins consentis par avance, que tout ce que l'on faisait était logique, juste, simplement ce qui convenait à la bonne marche des choses. Les corvées habituelles devenaient un jeu. J'adorais la compagnie d'Ella, que je me remémore avec un grand plaisir. Mais là encore, je me rends compte de ma fascination, comme au cinéma, vous avez vu le film et vous ne savez pas quoi dire : par où pourriez-vous commencer. Expliquer, vous voulez rire : expliquer quoi ? Expliquer le plaisir que vous avez d'être en présence de quelqu'un. Vous savez expliquer l'amour, vous ?

C'est bien ça : je crois que je reste amoureux des 2 grands-mères de Marthe. Eh bien oui, je l'ignorais. Jusqu'à cet instant je ne savais pas que j'étais amoureux d'Ella et Barbara, les grands-mères défuntes de ma femme, quand elles étaient encore en vie et maintenant aussi. Comme au cinéma.

mercredi 24 mars 2010 16:32

Amour, divorce et consolation

Dans la famille, personne n'a jamais appelé Marguerite ma grand-mère paternelle. Margot Duras avait d'abord été mariée avec Donald Fellini avant d'épouser mon grand-père Siméon. Mais d'après ma grand-mère, Donald était un très beau jeune homme qui ne pensait qu'à baiser selon son expression. Alors un jour, Margot en a eu assez de ses mensonges et elle a demandé le divorce. Ce qu'elle a obtenu très facilement, à sa grande consternation : en effet, Donald était bien trop content de retrouver sa liberté pour épouser Christina Egoyan, une parfaite salope (je cite). Je n'ai jamais su si ma grand-mère était inconsolable de la perte de son grand baiseur de premier mari ou si elle avait gardé une rancune tenace. Et souvent, je l'ai entendue brandir son divorce comme une menace sournoise et ambigüe : Fallait-il se méfier du sexe ou au contraire la vie n'était-elle pas une lutte impitoyable pour s'envoyer en l'air ? Dans ces circonstances, je pensais à mon grand-père (que je n'ai pas connu) avec perplexité.

Pour Margot, le seul mariage réussi dans la famille (sa famille, je précise) était celui de son cousin Claude (cousin par sa mère Delphine Resnais), qui avait épousé Isabeau Donner. Elle n'avait à la bouche que des mots d'admiration pour Claude et Isabeau, à se demander jusqu'où allait sa vénération pour son cousin. Ah ! l'amour... disait-elle. Et puis plus rien. Silence. L'amour.... C'était d'autant plus mystérieux que je n'ai pas connu ces parents éloignés, ni leur fils Giorgio Resnais, marié avec Francesca Eastwood. Et la ravissante cousine Sabine paraissait alors un rêve inaccessible, une beauté merveilleuse à jamais enfermée dans son monde perdu. Mais bon, comment savoir si ma grand-mère n'exagérait pas la perte par une louange excessive ?

Autant Margot était intarissable, autant mon arrière-grand-père Michael Duras était peu loquace. C'était un gros bonhomme austère qui semblait perpétuellement absorbé par une méditation profonde, sombrant souvent dans un sommeil peuplé, peut-être, de rêves inaccessibles, de princesses à délivrer, d'amours impossibles, allez savoir. Aussi bien, ne faisait-il que ruminer ses affaires, cherchant le meilleur moyen de saisir une opportunité. Mais voyez-vous, je n'y crois pas : il ne faut pas oublier que Michael, autrefois, s'était fait fauché sa jeune épouse, par un bel officier de l'armée des Indes de passage à l'ambassade de France ! Et qu'il ne lui resta plus qu'à obtenir le divorce par contumace. Ou quelque chose dans le genre, je n'ai jamais su. De là à imaginer que, de ville en ville à son retour des Indes, il a créé des salles de cinéma pour oublier...

vendredi 19 février 2010 11:11

Pièces rapportées

Vous, moi, nous avons père et mère, grands-parents, etc... c'est donné en héritage à la naissance. Par contre, la plupart des gens sortis de l'enfance ont un ou des enfants. Mais pas tout le monde. Vous je ne sais pas, moi non : c'est fini, la famille s'arrête là, ça monte, ça remonte (en arrière, dans le passé), ça ne descend plus, pas d'avenir que du présent, ici et maintenant.

Pourquoi toutes ces évidences me direz-vous ? A cause des pièces rapportées. Quelle que soit la stratégie mise en oeuvre (in vivo ou in vitro) pour faire des gosses, il faut être deux, un garçon et une fille, chacun étant pour la famille de l'autre une pièce rapportée.

Ma soeur Marcelle, par exemple, a fait 4 enfants avec Guy (son ex (là ça complique un peu l'affaire, mais c'est normal : famille recomposée)). Pour la famille de Guy, Marcelle est une pièce rapportée. Pour ma famille (je n'ai pas dit moi), c'est Guy. Amusant de penser que Marcelle et Guy sont passés du statut d'enfant (qu'ils ont à vie (la vie de leurs parents ?)), au statut d'abord de pièces rapportées, puis au statut et à la fonction de mère et père.

Alors, que penser de Raymond et Thérèse ? les parents de Marcelle (mes parents aussi). Pour nos grands-parents 2 par 2 (paternels maternels), chacun est soit leur enfant soit une pièce rapportée. Mais pour nous ce sont nos parents.

Alors la famille ? Où ça commence ? Où ça finit ? C'est quoi précisément une famille ?

Essayons d'y voir plus clair. Que s'est-il passé ? et quand précisément ? Il était une fois 2 familles, celle de Marcelle et celle de Guy. Voici le schéma le plus simple, parents enfants :

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Marcelle et Guy ont grandi, se sont rencontrés, se sont mariés (cas de figure assez courant, mais d'autres vivent ensemble, se paxent, (quoi d'autre ?)). Et ils ont fait des gosses. Hélène n'a pas d'enfant, moi non plus, mais Marcelle en a 4 à ce jour. Mariage ou pas, lorsque le 1e enfant arrive, les 2 familles s'agrandissent. Et, si ce truc bizarre n'est pas déjà apparu avant, c'est là qu'il se produit, dans les familles normales répondant au concept à toute épreuve Parents-Enfants-Petits-enfants : les pièces rapportées, Guy, Marcelle.

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Mais les enfants ce sont les mêmes des 2 côtés. Et ils grandissent et eux, ce qu'ils perçoivent c'est une tout autre famille, leur famille, la seule qu'ils connaissent depuis toujours, la famille Enfants-Parents-Grands-parents. Pour eux, il n'y a pas, il n'y a jamais eu de pièce rapportée !

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Les parents défendent la lignée du père : pour le père c'est son fils, son petit-fils, qui portent le nom de son père, grand-père... pendant que la mère compte ses enfants et petits enfants (à moins que se soient eux qui comptent pour elle). Il y a 2 familles, la famille bleue et la famille violette, avec ses pièces rapportées : Thérèse et Guy d'un côté, Solange et Marcelle de l'autre.

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Il y a 2 familles pendant un certain temps. Chacune défend son idée de la famille, les parents imposent leur loi. Mais c'est une cause perdue, car ce que voient les enfants, ce sont leurs parents, maman papa, leurs grands-parents paternels et maternels, grand-père grand-mère, pépé mémé, papi mamie... Il n'y a qu'une famille, une nouvelle famille crée par leurs parents.

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mercredi 17 février 2010 10:29

Une famille c'est quoi exactement ?

Prenez quelqu'un au hasard : vous.

Vous n'avez peut-être pas d'enfant, vous n'avez peut-être pas ou plus de conjoint, mais vous avez un père et une mère. C'est le début d'une famille, que vous ayez ou non des frères et sœurs. Ensuite, où faites-vous commencer vraiment votre famille ? jusqu'où allez-vous ? Connaissez-vous tous les membres de votre famille ?

Pour moi par exemple, il y a mon père, ma mère et mes 4 grands-parents, même s'ils sont tous morts au moment où j'écris ce billet (et plus tard aussi ils seront, c'est la vie). Avec mes 2 soeurs, nous formions une famille. Une famille centrée sur mes parents. Papa, maman, les enfants, les grands-parents. Il y a, il y avait ... avec aussi peu de monde, la famille pour moi est déjà une notion évolutive : quand j'étais enfant et maintenant ce ne sont plus le même espace-temps, ce ne sont plus les même familles.

Quand j'étais enfant, les oncles et tantes faisaient partie de la famille avec leurs enfants, nos cousins, cousines. Nos parents avaient conscience d'une famille comprenant leurs parents (nos grands-parents), leurs enfants (nous), leurs frères et soeurs (nos oncles et tantes), leurs nièces et neveux (nos cousins cousines). Nous (les enfants) avions conscience d'un autre monde, même si c'étaient les mêmes personnes : nos parents, grands-parents, oncles et tantes, cousins cousines.

Et ce petit monde s'élargissait à un arrière-grand-père, une arrière-grand-mère (j'ai le sentiment d'avoir eu de la chance, même si je n'ai connu mes 2 grands-pères que par ce qu'on en disait d'eux). Il y avait aussi quelques parents éloignés, que l'on fréquentait de temps à autre, ou dont on entendait parler.

Alors la famille, c'est quoi exactement ? Si ça change selon le point de vue, selon l'époque, ne devrait-on pas parler de familles, plutôt que de "la famille" ?

A présent, il y a la famille d'Hélène, ma petite soeur : elle, célibataire. Vous me direz ce n'est sûrement pas comme ça qu'elle voit la famille et je suis d'accord. Et puis une personne ça ne fait pas une famille.

Il a également la famille de Marcelle, mon autre soeur : elle et son ex ou elle sans son ex, et ses enfants, Grégoire, Alexandre, Maryse et Clémentine. Petite famille de 6 - 5 personnes.

Il y a ma famille, avec Marthe et sans enfant, 2 personnes, un couple.

Bon d'accord, même s'ils sont morts, du point de vue des 3 frères et soeurs il y a aussi mes parents, Raymond et Thérèse. Après, je ne sais pas s'il faut faire l'inventaire de tous les disparus, même si c'est un patrimoine commun.

Voilà, il y avait une famille avec le point de vue des parents, une famille avec celui des enfants. Maintenant tout a explosé, c'est la vie, et chacun définit à son idée 3 nouvelles familles, en ajoutant oncles et tantes, cousins cousines, neveux et nièces, extraits de famille des conjoints, chacun à sa façon. Si vous faites la généalogie, ça paraît être la même famille pour tous, mais ce n'est pas vrai. Chacun fait son compte à sa façon. Et après, vous verrez, quand ça sautera aux enfants qui seront grands et formeront de nouvelles familles, vous verrez, ce ne seront plus du tout les mêmes familles.

Mais là, ce n'est qu'un aspect de l'affaire. Vous ne voyez pas de quoi j'ai oublié de parler ? C'est dit, mais de cette façon ça n'existe pas. Hé Hé Hé ...

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